Parfois, les lignes blanches et les zébras,
Comme ces peintures de figures routières,
Le goudron et la vie sèche
M’écorchent les genoux.
Petite fille paresseuse
Qui n’est jamais une femme,
Petite fille d’un soleil noir,
Qui ne brille pas et qui trébuche
Sur le dur de la route,
Sur ces faux plats qui m’usent,
Et percent mes roues.
J’ai trop roulé,
Déménagé tous les trois, quatre ans,
Depuis ma tendre enfance,
L’âge tendre des pneus mous.
Je pleure,
Comme pour glisser sur cette route,
L’aqua planning et sa sortie,
Quitter cette ligne d’horizon,
Où je ne suis jamais attendue.
Pour aller où ?
Je suis perdue dans ce désert,
Juste une route fantôme que la chaleur fait s’évaporer…
Le sable ronge le bitume sur les côtés,
Les cloques noires sortent en bulles,
Elles collent aux semelles.
Et moi, je me traîne,
Je suis si différente ?
Pourquoi je n’ai aucune place ?
Pourquoi je suis celle dont on plaisante toujours,
La naïve…
L’âge tendre des roues molles,
Du cerveau ramolli,
Où on aime croire à ce qui est beau…
L’âge tendre des rêves brisés.
Quelle belle trajectoire,
Dans ce monde où dès que je dis qui je suis,
Je deviens étrangère.
Etrangère qui n’a rien.
Dépossédée, « en dehors de », à part,
Seule.