La première fois que je l'ai vue, j'ai été étonnée, cette belle jeune femme devant moi, toute simple, sans façon. Je l'ai trouvée à part. Je ne savais rien d'elle.
Et puis au fil du temps, elle m'a intriguée, elle était si impliquée dans son travail, respectueuse de tous, discrète, elle n'est pas comme toutes ces personnes nombril que je rencontre souvent.
J'ai commencé à la regarder différemment sans m'en rendre compte, petit à petit. Au cours de réunions de travail où j'ai constaté son intelligence, sa jovialité, ses attentions, elle est altruiste.
J'ai commencé à penser à elle, à parler d'elle, je disais souvent : elle est vraiment super compétente, heureusement qu'il y a des personne comme elle, parce que sinon, je baisserai les bras...
Et puis, un éclair, dans ses yeux. Je voulais la connaître davantage. Mais ce contexte de travail n'est pas facile à rompre et je ne me sentais pas à l'aise. Je me suis sentie dissidente face à tous, face à mes acquis, les normes données.  Je me sentais fragile. pas sûre de moi, Je ne voulais pas mettre en péril cette relation de travail. Mon boulot est si important pour moi. J'ai commencé à attendre avec impatience les réunions où nous allions nous voir, j'ai commencé à être intimidée, j'ai commencé à avoir des réactions physiques lors de nos échanges comme une toux violente, ou les yeux qui me piquent, le souffle qui me manque, les bras qui tremblent, les jambes qui ne me portent plus etc...

Comme tout devenait évident, je ne pouvais plus franchement refuser cet état émotionnel.

Je suis passée par plusieurs phases de conscience, entre le refus pur et simple d'être amoureuse d'elle,
la culpabilité, je ne dois pas, c'est n'importe quoi,
les questions existentielles, mais comment j'ai pu me tromper d'identité??? Mais que m'arrive t-il??? Quoi faire???
J'ai accepté ce désir si fort qui m'a changé radicalement et qui m'engage dans mon futur, qui bouleverse ma vie.

Je me suis recroquevillée, je me suis effacée pour lui laisser de la place. Je me sentais tellement comprimée.

J'ai appris à l'aimer sans aucun retour. Elle était ailleurs, dans sa vie à elle, sans se préoccuper de moi.

Je n'arrivais pas à me maîtriser. Un désir latent, incongru, inhibition. Je ne voulais pas la mettre en situation difficile ni dans une relation ambigüe inconfortable. Je voulais être plus forte que moi-même, je voulais lutter contre mon désir pour Elle. J'ai continué pourtant à l'aimer en me sentant si loin d'elle.

Peut-être que je me suis auto-censurée. Comment peut-elle me trouver intéressante alors que je l'ai toujours évitée?

C'est une sensation de fuite en avant comme si plus je me rendais compte de ce qui se passait plus je paniquais, plus je l'évitais. Je me suis traquée.

Je suis vraiment épuisée à ne pas vivre ce sentiment avec Elle, sans la connaître et sans nous connaître.
Je me sens désincarnée, négligée, incomprise. Elle veut que j'oublie ce sentiment, qu'il cesse, qu'il existe pour une autre.

Mais, Je ne crois plus à ce charme doux du désir qui vient à soi pour nous dire la chance d'exister puisque mon désir à moi m'a égarée, je me suis moquée de moi-même, être à côté de mes sentiments, vivre une fiction.
Je sais pourtant que je continuerai à la trouver super, à la trouver charmante, je me sens brimée, compressée, j'ai envie de fuir, de ne plus la voir, j'ai envie de pleurer parfois, d'écrire beaucoup, je ne veux pas souffrir.
Alors je me dis que l'amour est bien injuste, j'avais tellement de rires, de joie, d'affection à propager, Tout cela a bien été piétiné, falsifié, détourné, entartré, dépouillé, rejeté...

Haaaa! L'amour!

Qu'est-ce qu'on se moque bien d'aimer sincèrement dans cette société des objets!

j'ai tellement de coeur à offrir, la conserve en boite métallique rouillée par le temps et la lassitude des histoires décevantes.

J'ai aimé peu, peut-être deux, peut-être trois fois dans ma vie. et Je suis destabilisée aujourd'hui dans mes repères... Je me demande même si j'ai vraiment connu un réel désir amoureux avant Elle. Ce que Je sais c'est que je ne suis plus la même.

Je me rends compte du décalage et des constructions... Ce serait plus facile de vivre des histoires légères, ludiques, m'amuser... Je suis bien austère, je me trouve solennelle et froide, je me sens asociale, je ne sais pas aimer.

Je croise beaucoup de monde, de personnes différentes, de jolies personnes, de belles femmes, mais je n'éprouve rien. Je sais au fond, que je ne serai pas amoureuse de sitôt.

C'est un peu comme si le jeu des soi me tournait les dés, mon pion de retour à la case départ, ma tête emprisonnée, mes rêves las, ça n'existe pas alors la vraiE rencontre...

Cette soit-disante découverte de l'autre, cette plénitude, où les choses sont simples et évidentes, là où tout parle en soi et en l'autre, là où les sourires disent oui, là où les élans couvrent la douceur des réconforts câlins, peut-être l'osmose, peut-être l'union.

Je ne veux pas de la mécanique raison, du cerveau qui dirige tout, les rouages nerveux, les combinaisons physiques...... Je suis bien trop exigeante, j'aurai voulu inventer une troisième dimension, un champ inconnu des états d'âmes, des flux impensés, des rêves réalité.

Ce nouveau sentiment pour Elle m'a fait croire comme un clin d'oeil, à une exception, à l'iréel, à l'idéel.

Je préfère mener ma vie toute seule plutôt que d'être désillusionnée, je voudrais me construire un mur pour ne plus être démolie, pour me protéger, pour m'isoler.